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Un long dimanche sans football ...

 

Un long dimanche sans football

L’âme des hommes est ainsi faite qu’il lui faut être privée des choses et des êtres pour prendre la pleine mesure de leur importance. Cela est vrai pour ses amours, sa famille, ses proches et, depuis jeudi soir, de son football.

On ne s’y attendait pas. En tout cas, pas vraiment.

Tout persuadés que nous étions que le football demeurait une activité qui n’avait pas à se soucier des contingences ordinaires, un sport frappé du statut d’exception qui ne pouvait, à ce titre, qu’échapper à l’attraction funeste, ordinaire et commune du malheur. Le bien fondé de la décision ne se discute certainement pas. Un vestiaire étant un lieu par excellence où toutes les conditions permettant la propagation d’un virus sont réunies. 

 

Chaleur humide, promiscuité, bises à tout crin, embrassades et échanges de fluides, vraisemblablement qu’à hauteur de virus mal intentionné, un vestiaire doit ressembler à une sorte de paradis terrestre. On le sait. On comprend les mesures. On admet, on cautionne et l’on est prêt à s’inscrire dans les rangs de cette grande cause silencieuse dont les faits d’armes consistent à ne pas se serrer la main entre soldats du combat sanitaire. Oui, oui, oui, mais il n’empêche que cette journée de Dimanche nous a semblé inhabituellement longue.

 

À vrai dire, cela a commencé avec ce samedi soir où l’on sentait bien que quelque chose clochait. Pas de prises de tête pour savoir qui de Martin ou de Jean-Louis allait commencer sur le banc de touche, pas de compo à formaliser, pas d’image forte à dénicher susceptible d’élever le niveau de motivation, plan de jeu, macache wallou ( !), système privilégié, et pour quoi faire ( ?).

 

Il faut bien le dire, le dimanche matin s’est étiré sans véritable grâce tandis que nous avons ressenti comme une anomalie ce dimanche après-midi à se balader en pleine campagne sous les rayons d’un soleil radieux dont on pouvait se demander s’il faisait bien preuve de toute la décence nécessaire.... 

 

« … car s’il n’est pas toujours évident d’emmener dans son sillage ceux qui considèrent le football comme une activité secondaire (…),  il est forcément réjouissant de s’atteler à ceux qui le vivent comme une passion nécessaire… »

 

Mais voilà que toute l’horreur de l’interruption prophylactique nous est apparue hier sur le coup de 17:00. L’heure à laquelle nous nous jetons habituellement sur nos téléphones et nos ordinateurs pour prendre connaissance des résultats dans nos différents championnats.

 

Et là, rien ! Le vide affligeant ! Pas de surprises, pas de points pris ou perdus sur les adversaires, aucun commentaire à formuler, aucun regret à exprimer, si ce n’est de s’apercevoir avec stupéfaction que Michel Drucker squatte toujours les programmes de télévision de la fin d’après midi.

 

Dur, dur ! Voilà que cette petite vermine de Covid 19 n’avait même pas besoin de se manifester pour nous voler notre lot d’émotions, notre plein de sensations. Coronavirus morne plaine !

Tout au plus, dans ce « bilan triste à pleurer », deux points nous semble de nature à prêter aux réjouissances. Le premier concerne la continuation des championnats dans le courant du mois de juin. Peut-être sera-ce là l’occasion de prolonger l’expérience lors des saisons prochaines, sans virus cette fois –ci, où nous pourrons enfin continuer à jouer au football lorsque les terrains sont magnifiques, les conditions idéales, les joueurs demandeurs et disponibles.

 

Le second point a trait à la motivation de ceux-ci. S’il advenait que le football et les émotions qu’il procure vinssent à leur manquer, si la conscience de ce que représente ce jeu dans leur existence leur apparaissait comme une révélation, alors le quotidien des entraineurs s’en trouverait grandement facilité.

Car s’il n’est pas toujours évident d’emmener dans son sillage ceux qui considèrent le football comme une activité secondaire s’envisageant du simple point de vue personnel,  il est forcément réjouissant de s’atteler à ceux qui le vivent comme une passion nécessaire et collective. Du moins, cet interlude dont nous nous serions bien passés, peut il participer à nous faire avancer dans la compréhension des ressorts qui nous animent. Et peut-être même,  pourquoi pas, nous permettre de comprendre que le « très accessoire », le « très secondaire »  s’avère bien souvent indissociable du « parfaitement essentiel ».

Olivier GOUTARD / Vestiaires


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